Qu'est-ce que l'interprétation en langue des signes ? Avec Aurélia NGG

Qu'est-ce que l'interprétation en langue des signes ? Avec Aurélia NGG

Les réponses à vos questions sur l'interprétation en langue des signes

Bonjour à toutes et à tous !

Voici un résumé de l’interview d’Aurélia NGG, interprète en langue des signes française (LSF) depuis 2012, enseignante et autrice de la newsletter Le 15-15.

Pour retrouver l’interview en entier, vous pouvez cliquer sur ce lien.

Sommaire :

  1. Le métier d’interprète en langue des signes
  2. Pourquoi prévoir une interprétation en LSF pour son événement ?
  3. Comment faire appel à une interprète en langue des signes ?
  4. Comment évaluer la qualité de l’interprétation en LSF ?
  5. Comment devient-on interprète LSF en France ?
  6. Les clichés sur les interprètes en langue des signes

Dans ce résumé, nous allons voir en quoi consiste le métier d’interprète LSF, en quoi il permet l’accessibilité des événements et comment mettre en place concrètement l’acce

Dans cet article, on clarifie simplement en quoi consiste le métier d’interprète LSF, pourquoi c’est essentiel pour l’accessibilité des événements, et comment faire appel à des interprètes.

Une importante distinction

Avant de commencer cet article, une petite précision :

  • Les personnes sourdes signantes : elles s’expriment et comprennent la langue des signes.
  • Les personnes sourdes oralistes : elles s’expriment en français (à l’oral et/ou à l’écrit) et le comprennent.

Selon une enquête de la DREES, en France, environ 10 millions de personnes auraient des limitations fonctionnelles auditives. Parmi elles, on estime à environ 7 millions le nombre de personnes sourdes ou malentendantes en France. Et parmi elles, environ 300 000 personnes pratiqueraient la langue des signes française (Source : Fondation de l’Audition).

C’est quoi, le métier d’interprète en langue des signes (LSF) ?

Aurélia NGG est interprète en langue des signes depuis 2012.

Elle a fait une thèse de doctorat sur l’interprétation en langue des signes internationale. Elle enseigne également à l’université Paris 8 aux Master 2 l’interprétation de liaison, c’est-à-dire l’interprétation des rendez-vous où il y a deux-trois personnes maximum, chez le médecin, chez l’avocat, etc.

Elle rédige également la newsletter Le 15-15, la newsletter de veille d’actualités sur le métier d’interprète en langue des signes et qui fait le lien entre la recherche et l’interprétation.

Pour Aurélia, l’interprète LSF est avant tout une professionnelle de la communication : elle permet à des personnes sourdes signantes et à des personnes entendantes françaises de communiquer.

Ça va donc plus loin que la langue car elle est associée à une culture. Son travail, c’est de transmettre les deux.

La particularité de l’interprète LSF est qu’elle interprète en France pour des Français, mais qui n’ont pas la même langue ni même des fois la même culture, alors que l’on pense souvent seulement aux interprètes en langue vocale (type français vers l’anglais).

Les interprètes sont aujourd’hui dans la vie quotidienne. Elles sont présentes au travail, aux enterrements, aux accouchements, etc. Les gens ont de plus en plus conscience des besoins mais ne savent pas exactement en quoi consiste le métier.

Pourquoi prévoir une interprétation en LSF pour un événement ?

Parce que le but d’un événement est de faire passer une information au plus grand nombre de personnes, en tout cas en France. Et les Français, ce sont les sourds et les entendants.

Aurélia le résume ainsi : sans accessibilité, on prive une partie du public de l’information et de la participation.

Pour un événement, la base, c’est la communication. Le but est que l’information arrive jusqu’aux personnes.

Sans interprétation en langue des signes, on prive toute une partie de la population de ce que l’on a à partager.

Souvent, on a peur que les personnes sourdes signantes ne viennent pas à notre événement. Pour contrer cela, lorsque l’événement est sur inscription, on peut fournir un formulaire d’inscription et mettre la mention “besoin d’interprètes en langue des signes”.

Comment faire appel à une interprète en langue des signes ?

Si je veux faire appel à une interprète en langue des signes, comment est-ce que ça marche concrètement ?

1) Anticiper (comme pour tout prestataire)

Dès l’étape de la préparation de l’événement, prévoyez :

  • une ligne budgétaire “interprétation LSF”
  • une tâche “contacter les interprètes”

Comme pour les autres éléments de l’événement (salle, repas, etc.), il vaut mieux anticiper pour être sûr de trouver les bonnes personnes.

2) Trouver des interprètes LSF

  • Taper sur Google : « interprète langue des signes » + votre ville
  • Choisir entre passer par une agence / service d’interprètes qui s’occupera de trouver les interprètes pour vous ou contacter directement des interprètes indépendantes via l’annuaire d’Aurélia sur ce site

3) Donner un brief clair

Lorsque l’on va vous demander un devis, vous allez devoir fournir les informations suivantes :

  • La date
  • Le lieu
  • L’heure
  • Le thème
  • L’objectif
  • Des précisions : est-ce que l’événement est filmé ou pas ? Si oui, est-ce pour des besoins internes ou externes ?

Ensuite, vous recevrez un devis, qui contient souvent les informations suivantes :

  • De combien d’interprètes vous aurez besoin (comme elles se relaient selon la durée de votre événement)
  • Des éléments de facturation (acompte, budget total ou indicatif, etc.)
  • Des demandes de préparation (slide, glossaire…)
  • Des informations techniques pour recevoir les interprètes dans de bonnes conditions (lumière, retour image ou son).

Comment évaluer la qualité de l’interprétation en LSF ?

Quand on est pas nous-mêmes sourd signant, il peut parfois être difficile d’évaluer la prestation des interprètes et de savoir si les personnes sourdes signantes ont été satisfaites de son travail. Aurélia conseille de mettre en place un système d’évaluation à la fin de l’événement :

  • prévoir un questionnaire de satisfaction simple et accessible
  • demander un retour aux interprètes (difficultés rencontrées, améliorations à apporter)
  • Recueillir le feedback des personnes sourdes signantes pendant l’événement en se rendant disponible, même si le feedback vient souvent spontanément

Comment devient-on interprète LSF en France ?

Dans cette interview, Aurélia nous a résumé le parcours typique pour devenir interprète LSF en France :

  1. Faire une licence (peu importe la spécialité), apprendre la langue des signes française en parallèle et rencontrer des personnes sourdes signantes pour pratiquer avec elles
  2. Passer un concours pour entrer en Master d’interprétation (évaluation de français, de langue des signes, de culture générale et de culture Sourde)
  3. En Master : on apprend les techniques de traduction et on renforce les compétences en langue des signes

Point important : l’interprétation n’étant pas une profession réglementée, n’importe qui peut se dire interprète. En tant que client, il est recommandé de vérifier la formation qu’a suivi l’interprète et/ou son affiliation professionnelle, afin de garantir la qualité de l’interprétation.

Aurélia rajoute qu’après le Master, il est très important de continuer à se former en continu.

Les clichés sur les interprètes en langue des signes

  • D’abord, un classique : on dit « langue des signes » et non « langage des signes », c’est une langue à part entière !
  • Ensuite, on ne dit pas « sourd-muet », mais simplement « sourd ». Muet, ça veut dire que les cordes vocales ne fonctionnent pas, ici, en l’occurrence, c’est juste que la personne n’entend pas, même si être sourd ne veut pas dire ne rien entendre, il y a différents degrés de surdité.
  • Être sourd ne veut pas forcément dire parler en langue des signes. Il y a aussi des sourds oralistes, pour qui l’interprétation en langue des signes ne sera pas utile.
  • L’interprétation est un métier, ce n’est pas une activité bénévole. Il ne faut pas demander aux interprètes d’intervenir bénévolement, même si vous pouvez bien sûr vous renseigner sur les possibilités de financement.
  • Les interprètes ne sont pas qu’à la télévision, mais accompagnent aussi les personnes sourdes signantes dans leur vie quotidienne.
  • Il y a une différence entre interprète et traducteur : les interprètes travaillent en simultané : les conversations à l’oral, en face à face, en présentiel ou en visio. Quand on traduit, on a un temps de réflexion, un délai, on peut se corriger, etc. Ce peut être de l’écrit ou une vidéo en langue des signes.

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que cet article vous a plu ! Comme d’habitude, je réponds à vos questions par mail et par message et si vous souhaitez aller plus loin :

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